Charles Lapicque

Charles Lapicque, scientifique et ingénieur de formation, est un peintre de la nouvelle École de Paris, né à Theizé en 1898, mort en 1988, dont les œuvres furent déterminantes, entre 1939...



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Ancien élève de l'École centrale Paris - Ancien élève de l'École supérieure d'optique - Peintre de la Marine - Peintre français du XXe siècle - Naissance dans le Rhône - Naissance en 1898 - Décès en 1988 - Ancien étudiant de la faculté des sciences de Paris - Ingénieur français

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Charles Lapicque, scientifique et ingénieur de formation, est un peintre de la nouvelle École de Paris, né à Theizé en 1898, mort en 1988, dont les œuvres furent déterminantes, entre 1939 et 1943, pour le développement de la peinture non figurative et par sa figuration particulièrement colorée dans les années 50 pour le Pop art, figuration narrative, figuration libre et cultivée, trans-avant-garde et Bad painting surtout.

Biographie

Charles Lapicque naît le 6 octobre 1898 à Theizé, dans le Rhône, d'une famille venant des Vosges. Il est le fils adoptif de Louis Lapicque, professeur de physiologie général à la Faculté des sciences de Paris. Il passe sa petite enfance à Épinal et fait en 1900 son premier séjour en Bretagne, près de Paimpol, où il retourne longtemps chaque été. Il débute en 1903 l'étude du piano. À partir de 1909 il habite Paris où il suit ses études secondaires, pratique le dessin au lycée puis dans les académies libres, aborde la pratique du violon. Mobilisé de 1917 à 1919 dans l'artillerie de campagne, il y prend une connaissance des chevaux qui se retrouvera plus tard dans ses peintures, participe aux combats de 1918 et recevra la Croix de Guerre.

En 1919 Charles Lapicque entre à l'École centrale des arts et manufactures à Paris, s'intéressant spécifiquement aux projections et perspectives utilisées dans le dessin industriel. Il peint en 1920 ses premiers paysages près de Cæn. Ingénieur dans la distribution d'énergie électrique, il dirige en 1921 un secteur près de Lisieux où il assure la construction et l'exploitation de lignes à haute tension. Nommé au Bureau d'études techniques il s'installe à Paris en 1924, peignant le dimanche paysages et marines. Ses recherches plastiques, dans le climat du cubisme, développent les études qu'il a poursuivies sur les modes de projection dans l'espace. En 1925 son Hommage à Palestrina se dégage de toute visée figurative et suscite les encouragements de Jeanne Bucher qui lui propose de devenir «peintre de la galerie». Il abandonne en 1928 sa carrière d'ingénieur pour se consacrer à la peinture, réalisant en 1929 sa première exposition personnelle à la Galerie Jeanne Bucher.

Charles Lapicque reprend ses études à la Faculté des sciences de Paris, obtient la licence ès sciences physique et débute une thèse pour le doctorat ès sciences physiques sous la direction de Charles Fabry. Sur recommandation d'André Debierne, il occupe de 1931 à 1943 un poste d'assistant préparateur auprès de Maurice Curie, professeur de physique du certificat P. C. B. Il fréquente alors les physiciens Albert Arnulf et René Lucas. À la faculté il entreprend des recherches sur la vision des couleurs qui l'amènent à renverser la loi classique de leur échelonnement dans l'espace, Lapicque observant que le bleu forme en fait la couleur du plus proche, le rouge du plus lointain. Pour peaufiner ses connaissances il entre à l'Ecole supérieure d'optique dont il sort ingénieur-opticien diplômé en 1934. Il s'intéresse parallèlement, dans les musées et chez les antiquaires, aux œuvres artisanales anciennes, enluminures, tapisseries médiévales, émaux cloisonnés poitevins, faïences, dans lesquelles il trouve des confirmations de ses théories et fait plusieurs communications aux réunions de l'Institut d'optique, surtout, en 1935, sur «le rouge et le bleu dans les Arts». Charles Lapicque rencontre en 1936 le philosophe Gabriel Marcel qui l'invite à des séances de discussion et lui fait connaître Jean Wahl : c'est le point de départ de sa réflexion philosophique et esthétique. Il reçoit en 1937 la commande de cinq grandes décorations murales pour le Palais de la Découverte à Paris, l'une d'elle, La synthèse organique (10 x 10 m), lui valant une médaille d'honneur à l'Exposition Universelle de 1937. Après avoir été appelé boursier de recherches de la Caisse nationale de la recherche scientifique, Lapicque soutient sa thèse de doctorat ès sciences physiques en 1938 sur «l'optique de l'œil et la vision des contours», devant un jury présidé par Charles Fabry et comprenant comme examinateurs Henri Chrétien et Henri Laugier, tandis qu'il réalise plusieurs sculptures (granit). S'intéressant aux arts africains et précolombiens, il aborde parallèlement la clarinette, le basson, le trombone et pratique durant dix ans le cor dans des ensembles amateurs.

Mobilisé au Centre national de la recherche scientifique, Lapicque est en 1939 chargé d'études sur la vision nocturne et le camouflage, œuvrant avec Antoine de Saint-Exupéry. Démobilisé, il débute d'appliquer ses théories dans une série de Figures armées qui posent les basses d'une peinture nouvelle et participe en 1941 à l'exposition des «Vingt jeunes peintres de tradition française» organisée par Jean Bazaine, première manifestation de la peinture d'avant-garde sous l'Occupation, tandis que le nazisme multiplie les condamnations de «l'art dégénéré». Il fait à nouveau en 1943 un bref séjour en Bretagne. Un contrat avec la Galerie Louis Carré lui permet d'abandonner son poste de préparateur à la Faculté des Sciences. Il peint en 1944 plusieurs toiles autour de la libération de Paris et retrouve durant l'été 1945 le chemin de la Bretagne. La Galerie Carré présente en 1946 une exposition «Bazaine, Estève, Lapicque», préfacés par André Frénaud, Jean Lescure et Jean Tardieu.

Signature de Lapicque

Charles Lapicque fait en 1948 une première conférence au Collège de philosophie fondé par Jean Wahl. Il est appelé peintre du Département de la Marine et participe à de nombreuses manœuvres au large de Brest (1948), de Toulon (1949), en Afrique du Nord (1951). Recevant en 1953 le Prix Raoul Dufy de la Biennale de Venise, il effectue entre 1953 et 1955 quatre séjours dans la ville. Lapicque fait ensuite des voyages, qui seront chacun à l'origine de nouvelles suites de peintures, à Rome en 1957, en Grèce en 1963, en Espagne en 1973, en Hollande en 1974, en France même, à Vézelay en 1975, dans les châteaux de la Loire en 1976, à Aix-en-Provence en 1980. Charles Lapicque reçoit le Grand prix national de peinture en 1979. Il meurt à Orsay le 15 juillet 1988.

Sa femme Aline était la fille de Jean Perrin.

L'œuvre

«De longues études d'ordre scientifique me conduisirent à considérer le rouge, l'orangé et le jaune comme des couleurs toujours prêtes à s'éclaircir, à se faire plus lumineuses et le bleu, au contraire, comme une couleur fatalement conçue pour s'assombrir, à paraître plus noire. Il en résultait un avantage certain à figurer par du bleu les corps solides, pesants et rapprochés ainsi qu'à réserver le rouge, l'orangé ou le jaune aux corps lumineux ou lointains, tel que le ciel», résume en 1961 Lapicque dans une conférence, Présence et peinture, dont le texte est publié dans la revue «Médiations».

Les toiles que peint Lapicque en 1939, en s'inspirant de cette analyse, marquent un tournant essentiel dans son itinéraire. Réalisant une synthèse des techniques cubistes (ruptures de plans, perspectives multiples, transparences des corps) et de ses recherches théoriques personnelles sur «le bleu et le rouge», Lapicque crée une nouvelle représentation de l'espace. Dans ses Figures armées ou dans Le Port de Loguivy, une ossature bleue, figurative ou abstraite, apparaît au premier plan, reliant les objets rapprochés et se détachant sur des fonds jaunes ou rouges. Ces peintures et celles qui les développent en 1940 (Jeanne d'Arc traversant la Loire, Sainte-Catherine-de-Fierbois, La vocation maritime) sont directement à l'origine de la construction non figurative qui apparaîtra dans les années suivantes à travers les recherches de Jean Bazaine, Jean Le Moal, Alfred Manessier ou Gustave Singier.

«Lapicque était un cas légèrement spécial, particulièrement important à mon avis dans le groupe. Il l'a influencé, en ce sens que nous étions légèrement écrasés par la génération qui nous précédait. (... ) Il fallait trouver autre chose, qui nous appartienne en propre, qui soit autonome, tout en respectant une certaine filiation. Celui qui a permis cela, je crois que c'est Lapicque. (... ) Il nous a appris une façon d'envisager le monde qui permettait des vues perspectives, une approche des objets, des mises en page qui nous semblaient, aux uns ainsi qu'aux autres, pleines de promesses. Nous avions alors la possibilité de nous dégager du carcan cubiste que nous utilisions avant la guerre. (... ) Nous avons ensuite tous fait notre propre chemin mais Lapicque a été celui qui nous a permis de gagner du temps, il a amené une discussion», devait ainsi déclarer Alfred Manessier (dans Laurence Bertrand-Dorléac, Histoire de l'art, Paris, 1940-1944, Paris, Publications de la Sorbonne, 1986, p. 396).

A partir de 1941 la grille puissante qui assurait la construction des peintures de Lapicque se fait plus discrète à travers l'adoption d'une perspective à points de vue complémentaires et la lumière s'éclaircit. En 1946 Lapicque, par des tracés plus impulsifs, multiplie dans une série de Régates et de toiles marines les entrelacs et les boucles, origines de la «figuration gestuelle» intensément colorée qui apparaîtra caractéristique de son œuvre. Il opère en 1947 un retour à la figure humaine, peignant des groupes entrelacés dans un graphisme synthétique. En 1950 la commande qui lui est faite, sur le conseil de Jean Lescure, d'un dessin d'armure par un fabricant de montres suisses l'engage à de nouvelles visites du Musée des Invalides qui lui inspirent une série de Guerriers (princes et rois de France, conquérants), poursuivie en 1953. Allant deux ou trois fois par semaine au steeple-chase d'Auteuil, Lapicque développe en 1950 et 1951 une série équestre amorcée dès 1949, continuant parallèlement de peindre, jusqu'en 1953, paysages maritimes et courses nautiques. Peintre de la marine depuis 1948 l'occasion qui lui est donnée en 1951 de faire escale à Oran puis Alger et de visiter Biskra l'incite à peindre L'Atlas saharien. En 1953 une nouvelle série de Figures fait alterner personnages historiques et mythologiques. La galerie Villand et Galanis, de 1953 à 1965, expose régulièrement son travail.

Effectuant de 1953 à 1955 quatre séjours à Venise, Lapicque peint en premier lieu les Villas construites dans la campagne proche par des architectes tels que Palladio, leurs jardins baroques et leurs intérieurs, les frontons et les façades d'églises puis développe une série de Couchers de soleil et de Nuits qui est spécifiquement significative de son œuvre. Après de nouveaux paysages bretons, un séjour à Rome en 1957 l'engage à en peindre les ruines. Après deux embarquements sur des avisos de la Marine Nationale il en revient en 1958 aux thèmes des Manœuvres puis en 1959, après des séjours dans la région de Bréhat et parallèlement à son illustration du “Portrait de l'Oiseau-Qui-N'Existe-Pas” de Claude Aveline, à des compositions de Mouettes ainsi qu'à un ensemble épuré de Lagunes bretonnes.

Fréquentant les parcs zoologiques et les ménageries Lapicque peint en 1960 de nombreux portraits de Tigres, en 1962 de Lions, qui le ramènent à ses souvenirs de L'Atlas et du Désert algériens. En 1963 leur succèdent des Natures mortes aux chocolats ou dragées, le plus souvent dans un décor Louis XV, puis un voyage en Grèce suscite des évocations de paysages et de scènes mythologiques. Les thèmes abordés par Lapicque ne cesseront ensuite de se renouveler de façon imprévisible. Après un ensemble de paysages crépusculaires il développe de nouvelles séries autour du Tennis qu'il pratique assidûment (1965), de la musique (1966-1967), du Golgotha (1968), puis en revient à la mer avec les Coups de vent, l'évocation des épopées et des drames des Cap-horniers, des Fermes bretonnes (1968-1969). Il peindra toujours la Bourgogne, ses routes et ses architectures romanes (1970), une nouvelle suite de portraits imaginaires (1971-1972), des paysages d'Espagne (1973), de Hollande (1974), la basilique de Vézelay (1975), les Châteaux de la Loire (1976-1977), des scènes de chasse (1978), des variations selon L'Embarquement pour Cythère de Watteau (1979-1980), la Montagne Sainte-Victoire et des Hommages à Cézanne (1981), La cathédrale de Laon (1981-1983), de nouvelles séries beaucoup abstraites sur La Mer et les Figures (1984-1986).

L'œuvre de Charles Lapicque apparaît rétrospectivement avoir exercé une influence déterminante sur la nouvelle figuration. Sa palette spécifiquement audacieuse et originale le place comme un artiste tout à la fois isolé et précurseur de ses contemporains immédiats. L'usage d'une palette chromatique complètement nouvelle et d'un espace à perspectives multiples différentes de la perspective à points de vues multiples (utilisée par les cubistes) lui sert à préfigurer la sensibilité post-moderne. Cette façon de procéder à contre-courant autorise Charles Lapicque d'ouvrir la voie tant au Pop Art, qu'à la figuration narrative par l'usage acidulé de couleur inédite et dissonante. Ne faudrait-il pas rappeler que Lapicque introduit dès 1949 dans son tableau La bataille de Waterloo par l'intermédiaire de la longue vue de Napoléon une bulle grossissante à la manière de la bande dessinée et ce une dizaine d'années avant Warhol ou Erro ? La densité de sa figuration, l'ambigüité entre le fond et la forme, ses sujets tout aussi dérangeurs que quelquefois particulièrement classisants lui octroient une place d'élection dans le retour en force à cette figuration des années 70 et 80 où le kitsch côtoie sans complexe la trans-avant-garde, la peinture cultivée, la figuration libre ou la Bad painting. Charles Lapicque est un géant de la peinture, c'est à ce titre qu'on devra lui rendre hommage, se plaisait à dire François Pluchart.

Charles Lapicque a réalisé d'autre part entre 1969 et 1972 des sculptures métalliques et en matière plastique conçues pour l'édition, des tapisseries et de très nombreuses gravures et lithographies. Il a aussi illustré Appareil de la terre de Jean Follain, Noires compagnes de mes murs de Jean Lescure (1961), Les Bijoux indiscrets de Diderot, O et M de Charles Estienne, Temps présumés de Paul Chaulot et CLXXXI proverbes à expérimenter de Jean Guichard-Meili (1966).

Des toiles de Lapicque sont présentes dans les collections de nombreux Musées, surtout en France (Paris, Dijon, Grenoble, Nantes), en Europe (Bruxelles, Copenhague, Essen, Munich, Stuttgart) et en Amérique (New-York, Ottawa, Toronto).

Jugement

«Son œuvre occupe dans l'art français contemporain une place d'élection. Sa façon de progresser à contre-courant lui assure une originalité foncière (... ). La Vocation maritime de Lapicque et un certain nombre de ses toiles datées de 1939-1940 (Figures armées, Le port de Loguivy, Jeanne d'Arc traversant la Loire, Sainte-Catherine de Fierbois, etc. ) tiennent comparé à cette période le rôle que Les Demoiselles d'Avignon et les paysages de Horto de Ebro ont joué dans l'aventure cubiste du début du siècle.»

Lapicque, préface de Jean Guichard-Meili, New-York, Galerie Albert Lœb, 1960

Bibliographie sélective

Philatélie

Un timbre poste français a été émis en 1989 en hommage à Charles Lapicque (Régates vent arrière, 1952).

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Liens externes

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