Fresque

La fresque est une technique spécifique de peinture murale dont la réalisation s'opère, avant qu'il ne soit sec, sur un enduit, nommé intonaco.



Catégories :

Fresque - Technique picturale - Technique artistique - Arts plastiques

Définitions :

  • Peinture murale exécutée avec pigments d'origine minérale résistants à la chaux et détrempés à l'eau, appliqués avec des brosses sur un support constitué par une couche de mortier frais, composé de sable et de chaux éteinte. (source : artiste.free)
  • Technique de peinture dans laquelle les pigments sont appliqués sur du plâtre humide. En séchant, le plâtre absorbe les couleurs, pour produire une image particulièrement durable. (source : itinerart)
  • Seule mérite ce nom la peinture réalisée sur un mur recouvert d'un enduit toujours frais (fresco en italien). La fresque nécessite plusieurs opérations : 1. Application d'un mortier (arricio) fait de 2/3 de gros sable pour 1/3 de chaux. 2.... (source : raa)
Fresque de Cimabue à Assise (Italie)
Fresque à la Chapelle Sainte-Anne à Lingenau (Konrad Honold)
L'Hôtel de ville de Mulhouse est un exemple spécifiquement impressionnant de l'utilisation de la fresque en peinture murale extérieure

La fresque est une technique spécifique de peinture murale dont la réalisation s'opère, avant qu'il ne soit sec, sur un enduit, nommé intonaco. Le terme vient de l'italien «a fresco» qui veut dire «dans le frais».

Le fait de peindre sur un enduit qui n'a pas encore séché permet aux pigments de pénétrer dans la masse, et par conséquent aux couleurs de durer plus longtemps qu'une simple peinture en surface sur un substrat. Son exécution nécessite une grande habileté, et se fait particulièrement rapidement, entre la pose de l'enduit et son séchage complet.

Le terme est fréquemment utilisé par métonymie dans le langage familier pour désigner la peinture murale généralement et plus rarement la technique.

Principe de la fresque

Quatre éléments entrent en jeu :

L'enduit étant frais, les couleurs s'imprègnent dans l'intonaco dont une substance nommée calcin durant le séchage de l'enduit, migre vers la surface et se superpose à la peinture créant ainsi une couche protectrice. Cette réaction chimique, nommée carbonatation (par évaporation de l'eau de l'enduit, le gaz carbonique de l'air se combine avec l'hydroxyde de calcium de la chaux pour former une pellicule de carbonate de calcium, le calcin), est caractéristique de la peinture à fresque et lui confère cohésion et dureté. Pour renforcer celle-ci le peintre passe sur la surface colorée la «langue de chat», un certain temps après avoir posé sa couleur, et , entre chaque couche pigmentée, l'eau remonte en surface et dépose le calcin, c'est pour cette raison que certaines fresques paraissent polies.

Les fresques étaient polychromes mais les problèmes du coût des pigments limitaient fréquemment le nombre de couleurs. Dans l'Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe dans la Vienne par exemple, on trouve quatre couleurs sauf dans le chœur où le bleu, plus cher, occupe une surface moindre. L'eau par exemple était fréquemment peinte en blanc et mise en évidence par des traits ondulés.

La peinture à fresque conserve plus longtemps les couleurs que la peinture sur support classique.

Histoire

Fresque du Jugement dernier au sein de l'église du monastère de Mar Mousa en Syrie

À Lascaux déjà, les pigments sont fixés sur les parois, comme dans une fresque, par une croûte de carbonate de calcium constituée au cours des siècles. Au néolithique, on peint sur un enduit blanc sec (fréquemment du gypse). Vers 2500 av. J. -C. en Mésopotamie et en Égypte apparaissent les premiers fours à chaux, qui permettront à la fresque de naître en Mésopotamie vers 1800 av. J. -C. et en Crète dès 1700 av. J. -C.. Les écoles asiatiques, les Grecs et les Romains développent la technique. Les formidables fresques de Pompéi nous prouvent la pérennité du procédé. En France, la technique connaît son apogée dans l'art roman qui aime la plénitude, la puissance, la monumentalité, avec un soupçon de réserve cependant ; il est en effet courant (hélas), que ces peintures soient achevées à sec. L'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, la «Chapelle Sixtine de France» en est le parfait exemple. Le style gothique diminué les surfaces planes en facilitant la lumière et la fresque disparaît, cependant certaines églises modestes telle Sillegny en Lorraine présentent de nombreuses fresques.

En Italie au contraire, au temps de la Renaissance, de Giotto à Michel-Ange, c'est un âge d'or, mais, dès le XVIe siècle, l'éclat et le modelé d'un nouveau procédé concurrence la fresque : la peinture à l'huile. La peinture murale décline lentement et inexorablement. Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, quelques artistes nostalgiques d'un art monumental essaient de faire revivre la fresque – avec des succès particulièrement inégaux. Les réalisations de Diego Rivera au Mexique, de Ducos de la Haille au Musée des Arts Africains et Océaniens à Paris, ou de divers peintres en Sardaigne (surtout à Orgosolo) prouvent l'intérêt d'une conception moderne de cet art.

Parallèlement, une pratique de vraie fresque est avérée dans le monde précolombien. Elle est l'œuvre de la civilisation de Teotihuacan. Un exemple représentant envisageablement la Grande déesse de Teotihuacán a été retrouvé dans le quartier Tetitla de Teotihuacan.

Fresques médiévales et Renaissance

Sont connues comme les plus vieilles fresques médiévales et Renaissance de France et d'Europe :

Technique de la fresque

La création du mortier

Le mortier, d'une épaisseur de 5 à 6 cm, est aussi nommé arriccio.

Sur un mur, sain et robuste, l'artiste prépare un mortier à base de chaux et de sable, qu'il étale ensuite en le laissant rugueux (d'où son nom arriccio). Le choix de la chaux comme mortier n'est pas uniquement dû à ses qualités artistiques mais à ses grandes capacités de conservation des pigments.

L'enduit est constitué de sable (silice) et de chaux en proportions variables (on ajoute plus ou moins de chaux selon la finesse voulue pour l'enduit). La dernière couche est constituée à parts identiques de chaux et de sable (c'est la couche la plus lisse et la plus fine).

On fait le plus souvent trois couches d'enduit successives. Chaque pose doit être scindée de quelques heures dans un ordre décroissant de temps. La première couche doit être faite plusieurs jours avant le départ de la peinture, la seconde la veille et la dernière en moyenne 12 h avant. La période, durant laquelle l'artiste peut peindre, se situe sur un intervalle particulièrement court de quelques heures.

L'esquisse

Après séchage, l'artiste esquisse au charbon la figure voulue. Puis avec ocre et de sinopia (couleur à base de terre rouge), l'artiste ombre et précise les contours.

Préparation de l'enduit

L'enduit est une couche d'environ 5 mm nommée intonaco.

Après avoir esquissé la figure voulue, l'artiste applique sur l'arriccio sec (chaux complètement carbonatée), mais profondément humidifié au préalable, l'intonaco, enduit à base de chaux aérienne, lissé à la truelle (longue et fine nommée «langue de chat»). C'est lui qui recevra les tons de couleurs, d'où intonaco. L'artiste doit prévoir la quantité suffisante à une journée de travail (cette surface entre 1 et 4 m² est nommée giornata). En effet la peinture doit être réalisée sur l'enduit toujours frais. La préparation de la chaux est complexe car différente suivant la couche à enduire et doit être travaillée à la main et non via une bétonnière. L'utilisation d'une gâche est alors obligatoire.

Si la surface à peindre est importante, il est indispensable que les maçons et peintres travaillent ensemble mais dans des sections scindées du mur. C'est le maçon qui généralement indique au peintre que le mortier est prêt et la technique pour le déterminer est simple mais repose seulement sur l'expérience de ce dernier ; le mortier doit toujours être humide et ne plus coller au doigt ; la peinture pourra alors recouvrir le mortier sans trop le pénétrer pour perdre de son intensité, on dit que le mortier est «amoureux».

La peinture

La peinture est préparée avec pigments naturels tel que les oxydes métalliques ou des terres. La préparation de pigments naturels se fait par pilage des cristaux et mélange avec de l'eau de chaux. L'eau de chaux est l'excès d'humidité qui se dégage de la chaux qui a été préalablement mise au repos. La peinture à fresque demande des pigments spécifiques, tout pigment utilisé pour la peinture a secco (à sec) ne convient pas forcément au procédé a fresco. Ceci explique que certains morceaux colorés disparaissent plus vite que d'autres (et le noircissement de certaines des fresques de saint François d'Assise, pour lesquelles le peintre a utilisé du blanc de plomb) …

Les pigments réagissent avec la chaux et pénètrent en profondeur tant que le mélange n'est pas encore sec (chaque zone est nommée giornata car elle devait être pigmentée dans la journée). Ce procédé ne permet pas de faire de grandes surfaces au départ.

La peinture s'effectue rapidement, le peintre est adroit et précis[1], chaque erreur est le plus fréquemment irréparable. La peinture est le d'une façon plus générale commencée en haut à droite de la surface peinte pour que les coulures et les éclaboussures ne détériorent pas le travail déjà effectué.

Jusque là le peintre effectue une première couche de peinture au verdaccio ombrant et entourant les esquisses réalisées au préalable sur l'ariccio. Il peut aussi reporter son dessin préparatoire avec 2 techniques :

La sculpture à fresque

Ce terme a été employé (surtout par l'architecte Roger-Henri Expert) à propos d'une technique utilisée à partir de 1926 par le sculpteur Carlo Sarrabezolles. Il s'agit de taille directe dans un béton toujours frais (environ 12 heures de prise), ce qui demande une grande rapidité d'exécution. Cette technique a été utilisée par d'autres sculpteurs, mais assez rarement. Elle est spécifiquement bien adaptée à l'architecture.

La pratique et l'apprentissage actuellement

Aujourd'hui[2], on peut trouver un enseignement technique dans certaines écoles d'art, des stages, des traités techniques comme ceux de Paul Baudoüin[3], Petresco, Prieur. Il existe aussi une source précieuse d'informations sur la pratique de la fresque au XVe siècle en Italie. Le livre de l'art, rédigé en 1437 par Cennino Cennini[4], forme le traité le plus complet sur l'art de peindre à cette époque et sert toujours de référence pour la fresque actuelle.

Le plus grand obstacle est le manque de commande. La fresque, art public et social depuis des millénaires, n'intéresse plus les pouvoirs publics. [réf.  nécessaire] La mode urbaine des «murs peints» a recours à d'autres techniques comme l'acrylique. La fresque trouve par conséquent un refuge dans les maisons des particuliers qui savent apprécier sa résistance, sa luminosité, sa beauté intrinsèque.

La renaissance de la fresque nécessiterait la formation des artistes, des commandes privées et publiques mais en particulier la conscience d'un art accessible et incomparable qui nous vient des origines de l'humanité.

Notes et références

  1. Sergio Prata fresquiste
  2. Initiation à la technique de la fresque pour tout public au musée du Louvre, en quatre séances.
  3. Paul Baudoüin, La Fresque, sa technique - Ses applications, Éditions Charles Massin, Paris, 1958
  4. Cennino Cennini, Le livre de l'art (Il libro dell'arte), Editions Berger-Levrault, Paris, 1991 ou aux éditions L'Œil d'Or, paru en décembre 2009, sous le titre Il Libro dell'arte, Traité des arts, 192 pages (ISBN 978-2-913661-34-9)

Voir aussi

Liens externes

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 30/01/2011.
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