Jean Bertholle

Jean Bertholle est un peintre français de la Nouvelle École de Paris.



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Peintre français du XXe siècle - Peintre non figuratif français - Peintre abstrait français - Art sacré contemporain - Peintre de vitraux - Verrerie - Graveur français - Académie des beaux-arts (France) - Naissance en 1909 - Naissance à Dijon - Décès en 1996

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Jean Bertholle en 1995 (Capture d'écran d'une vidéo de l'Encyclopédie audiovisuelle de l'art contemporain).

Jean Bertholle (26 juin 1909, Dijon - 6 décembre 1996, Paris) est un peintre français de la Nouvelle École de Paris.

Biographie

Né à Dijon en 1909, Jean Bertholle commence à peindre dès 1924. «Mon père qui était ingénieur à la SNCF consacrait ses loisirs à peindre. Particulièrement jeune j'ai été attiré, puis grisé, par l'odeur qui s'échappait de sa boîte de couleurs. Cependant, ma vocation est plus la conséquence, je crois, des illustrations ornant les revues des Noëls et des Salons que nous recevions à la maison et que je pouvais feuilleter à loisir. (... ) Je n'ai jamais fait de dessins d'enfant mais j'ai peint dès l'âge de quinze ans.», confie-t-il en 1977[1].

En 1928, Bertholle s'inscrit à l'École des Beaux-Arts de Saint-Étienne. «Mon père se désespérait car les études ne m'intéressaient pas, sauf l'histoire parce qu'elle me permettait d'illustrer mes cahiers d'innombrables croquis. Soucieux de mon avenir, il me fit entrer comme clerc chez un notaire de Saint-Étienne. Je réservais mes après-midis à la peinture et me rendais chaque jour à Lyon chez un artiste qui corrigeait mes essais et m'enseignait les rudiments du métier. Distrait dans mes occupations professionnelles, je fus renvoyé de l'étude un an plus tard. J'avais dix-neuf ans. Mon père accepta alors de m'autoriser à m'inscrire à l'École des Beaux-Arts de Saint-Étienne jusqu'au service militaire que j'effectuai dans cette même ville», dit toujours Bertholle[2]. Son père lui fait aussi voir à Paris en 1932 une grande exposition de Manet à l'Orangerie : «un voile se déchira en m'ouvrant les yeux sur les merveilles de la vraie peinture»[3]. De 1930 à 1932 Bertholle fréquente l'École des Beaux-Arts de Lyon où il se lie avec le sculpteur Étienne Martin, rencontre et épouse Marie-Antoinette Duraz dont il reconnaîtra qu'elle était, aimant les tableaux de Gauguin, «plus avancée» en peinture que lui. Il estime d'autre part que jusqu'à son arrivée à Paris, il n'a réalisé que «des toiles imitatives, académiques, dans la lignée de Meissonier», qu'il a ensuite toutes détruites.

Bertholle poursuit en 1933 et 1934 ses études à l'École des Beaux-Arts de Paris, dans l'atelier de Paul Albert Laurens, alors que naît l'aîné de ses cinq enfants. En 1934 il fait la connaissance de Roger Bissière qui a remarqué l'une de ses toiles (Les Fous, 1934) chez Étienne Martin[4] et participe à une première exposition collective à l'Académie Ranson. Fréquentant l'Académie sans en être l'élève, il s'y lie avec Jean Le Moal et fait la connaissance d'Alfred Manessier. Il est alors membre fondateur du groupe Témoignage, animé à Lyon par Marcel Michaud, réunissant peintres (surtout Le Moal, Véra Pagava, Varbanesco, Wacker et Zelman, Manessier les rejoignant en 1938), sculpteurs (Étienne Martin et François Stahly), écrivains et musiciens, qui se manifeste pour la première fois au Salon d'automne de Lyon en 1936. Le groupe bénéficie de l'appui du galeriste René Breteau qui l'expose en 1938 dans sa boutique, 9 rue des Canettes, puis en 1939 dans sa galerie rue Bonaparte, lieux particulièrement fréquentés dans les années précédant immédiatement la Seconde guerre.

En 1937 Bertholle travaille dans l'équipe constituée par Bissière, avec Le Moal et Manessier, à la décoration du Pavillon des chemins de fer et transports aériens de l'Exposition internationale des Arts et Techniques de Paris. Il participe en 1939 avec Le Moal et Zelmann à la création d'une peinture murale pour le plafond (1500 m²) du pavillon français de l'Exposition universelle de New York. Mobilisé en 1939, démobilisé en 1940 il se fixe dans des conditions complexes à Lyon où il travaille aux ateliers de décors et costumes de «Jeune France», dirigés par Le Moal, jusqu'à la dissolution de l'organisation par le régime de Vichy. En 1941 il participe à l'exposition Vingt jeunes peintres de tradition française, première manifestation, organisée par Bazaine de la peinture d'avant-garde sous l'Occupation.

Devenu en 1943 directeur artistique de la Faïencerie de Gien (2000 ouvriers) où il assume la fonction de décorateur, il souffre de ne plus pouvoir jusqu'en 1945 se consacrer à la peinture tout autant qu'il le souhaiterait. Il participe cependant en 1944 à une exposition collective à la Galerie de France avec Bissière, Antoine Bissière (Louttre. B), Le Moal, Manessier, Singier et Étienne Martin, préfacée par Gaston Diehl et en 1945 au premier Salon de Mai dont il est membre fondateur. En 1947, se souviendra Bertholle, «vint vers moi un homme qui me donna une chance en me permettant d'appartenir à une galerie, c'est-à-dire d'être moins isolé, enfin une très grande amitié picturale nous lia et me donna le coup de fouet indispensable. Jean François Jæger l'expose ainsi à la Galerie Jeanne Bucher en 1947, 1952, 1954 et 1956. Il réalise simultanément en 1956 une première exposition personnelle à la galerie Roque, boulevard Raspail à Paris, qui lui offre un contrat lui permettant d'abandonner en 1957 ses fonctions à la faïencerie de Gien et de se consacrer entièrement à la peinture. Elle présentera ses œuvres en 1959, 1961 et 1963. Bertholle est choisi en 1949 et en 1960 pour la Biennale de Venise, mais aussi pour la biennale de São Paulo. En 1953 il réalise des vitraux pour le Carmel de Cherbourg et participe en 1959 à l'exposition d'Art Contemporain de l'Institut Carnegie de Pittsburgh.

Signature de Bertholle

Les premières expositions rétrospectives de l'œuvre de Bertholle sont présentées en 1964 au Musée des Beaux-Arts de Metz, au Musée de l'État du Grand-Duché du Luxembourg ainsi qu'à la maison de la culture de Cæn. De 1965 à 1980, Bertholle, appelé par André Malraux, enseigne comme professeur-chef d'atelier d'art mural à l'École des Beaux-Arts de Paris. Après une exposition à la galerie Villand et Galanis en 1966, préfacée par Jean Lescure, de nouvelles rétrospectives ont lieu en 1972 au Musée des Beaux-Arts de Dijon, puis à Besançon et Saint-Germain-en-Laye (préface de Gaétan Picon. Bertholle est reçu en audience privée au Vatican par Paul VI en 1974. Après une autre rétrospective en 1982à l'École des Beaux-Arts de Paris (Bertolle, Chastel, Singier), il est élu en 1983 membre de l'Institut de France. Passionné d'enseignement il fonde la même année sa propre académie de peinture (Saint Roch) [5]. Ses œuvres sont présentées à Paris en 1989 à la galerie Callu Mérite, en 1991 et 1992 à la galerie Art-Mel. Après sa mort en 1996, une première rétrospective est présentée à La Ciotat en 1997.

L'œuvre

1930 - 1947

Admirateur précoce de Puvis de Chavannes, la première influence notable sur son œuvre sera celle d'Édouard Manet, qu'il découvre en 1932. Lorsqu'il s'installe à Paris en 1933, il prend contact avec le Fauvisme, le Cubisme et le Surréalisme. Il est fasciné par l'étrangeté, le symbolisme, l'ironie de Bruegel et de Jérôme Bosch et la manière dont ils présentent l'irruption de la folie dans le quotidien et le détournement de fonction des objets usuels. «J'ai été aussi particulièrement influencé par Jérôme Bosch, ce qui découle de ma prédisposition à l'ésotérisme. La Tentation de Saint-Antoine, Le Jardin des délices m'ont passionné et m'ont guidé vers cette peinture à prétention insolite, empreinte de rêve où la spirale et les éléments géométriques sont installés dans un équilibre instable» reconnaît-il[6].

Dès 1936 Bertholle s'engage ainsi dans la découverte de l'«inquiétante étrangeté» du réel. De façon générale la peinture surréaliste, en opérant des liaisons ou déliaisons inattendues, demeurait dans le champ des apparences naturelles. Bertholle, en déréalisant formes et couleurs et en introduisant des éléments symboliques, spirales ou œufs, construit plus radicalement, dans l'approfondissement de la démarche du Cubisme, un nouvel espace, instable, comme fractal, principalement onirique (Allégorie, 1937 : L'Arc en ciel, 1938-1940). Dans cette première partie de son œuvre, l'irréel ne s'oppose pas au réel mais semble en affleurer comme un revers permanent.

À cette époque Bertholle, en compagnie du sculpteur Étienne Martin, approche l'ésotérisme. Il n'aura fait, reconnaîtra-t-il plus tard, que «l'effleurer» mais, durant plusieurs années, «la volonté de calquer les thèmes ésotériques» imprègne sa peinture. Cependant conscient des limites plastiques d'une tradition qui lui apparaît quelque peu «une langue morte», il abandonne la démarche. Autour de 1941, sa peinture change ainsi d'orientation. Attentif au travail des Primitifs, Bertholle en revient à un «figuratif particulièrement minutieux» : «je m'orientai jusqu'aux portraits et j'en fis de nombreux avec énormément de joie, jusqu'au moment où une crise particulièrement grave me précipita dans une impasse», dira-t-il[7]

1947 - 1956

Ses méditations sur la Bataille de San Romano de Paolo Uccello autorise Bertholle de retrouver le fil de ses recherches des années d'avant-guerre et de «réenvisager la peinture avec un autre œil». Ses œuvres s'inspirent alors de thèmes médiévaux particulièrement allusivement transposés, chevalier (1954) et Ambassadeurs (1953) sous leurs étendards (1954), écuyer (1952) et palefrenier (1953), tournoi (1948) ou joute (1952). Alors que les motifs héraldiques et les échiquiers les imprègnent du climat atemporel d'un éternel présent, leurs structures, fortement marquées au milieu des années 1950, s'assouplissent, laissant place aux purs affrontements cosmiques de la lumière avec l'ombre.

1956 - 1969

Bertholle s'oriente ainsi vers une peinture non figurative. Il y vient, dira-t-il, «lentement, vers 1956, et par obligation impérieuse. Je voulais gommer les références et m'éloigner de l'objet pour aller vers la majeure partie mais en m'appuyant sur les mêmes rythmes que jusque là et dans le même foisonnement. En échappant aux contraintes de l'immédiat perçu, je souhaitais évoquer, suggérer une atmosphère»[8]. Ses préoccupations rejoignent celles de ses amis peintres Bissière, Manessier, Le Moal, Elvire Jan et il ne va pas moins loin dans la voie de l'abstraction, nombre de ses œuvres ne s'intitulant plus que Composition ou Peinture.

«Le tableau est l'histoire de cette bataille que je livre pour faire naître, délivrer ou atteindre la lumière. Je ne prend moi-même conscience de ce combat qu'en peignant; mais j'ai constamment le désir de peindre pour trouver la lumière (... ). Quand je débute un tableau, la lumière est toujours mon but, c'est le thème général, et elle n'arrive à son terme que si elle st amenée par la peinture», dit Bertholle en 1963 qui ajoute : «Comme l'ensemble des peintres depuis le début du monde, je regarde la nature; mais mon sujet est au sein de moi-même. L'âme humaine est un perpétuel champ de bataille. C'est un décor de l'astral dans lequel les forces de l'ombre combattent sans merci celles de la lumière qui existe aussi en nous». Quelques années plus tard Jean Lescure, dans l'étude qu'il consacre à Bertholle en 1966, manifeste combien cette bataille du clair et de l'obscure n'est pas «une bataille de l'histoire, plutôt une bataille de l'âme. Le combat même de la condition humaine. L'évidence de notre dualité. L'homme, une idée qu'il se fait de sa condition et de son destin est partout dans cette peinture (... ), les éléments ne s'y affrontent que pour le désigner»[9].

En 1958 Bertholle crée les maquettes de 11 vitraux et d'une rosace pour l'église d'Armbouts-Cappel (Nord). Comme Le Moal ou Manessier, il est particulièrement attentif à l'ensoleillement, et il les compose en tenant compte de leur orientation. Sensible aux rythmes ainsi qu'aux couleurs de la campagne environnante, il agence les nervures des verrières comme des rappels du monde extérieur dans lequel s'insère l'église. Cependant, Bertholle s'intéresse en particulier aux éléments dont il veut offrir des signes : le ciel, la terre etl'eau.

Ce souci de signifier les éléments naturels se retrouve, autour de 1956-1959, dans les séries de peintures prenant pour thème Venise. Cette ville se prête à la composition d'œuvres où s'entrelacent la pierre, l'eau, le ciel et le soleil. Les contours sont comme rongés par les jeux toujours renouvelés de l'air et de la lumière. Les formes se démantèlent pour ne laisser place qu'aux relations évanescentes entre les éléments. Ce souci se retrouve dans La forêt de Brocéliande (1966).

1970 - 1996

Sur la fin des années 1960, Bertholle, une fois toujours insatisfait, s'engage en un nouveau chemin. Tandis que la peinture non figurative est assez beaucoup admise par le public et qu'il s'est vu consacré aux côtés de Bazaine, Bissière, Estève, Le Moal, Manessier ou Singier comme l'un des artistes majeurs de la nouvelle École de Paris, il fait partie des premiers, dans son anticonformisme rigoureux, à renoncer à la vision non figurative. «La figure et l'objet me manquaient», dit-il. Loin de rejeter les acquis de son itinéraire, il entreprend de les dépasser en une peinture, selon son mot, activement «figurée». «J'avais toujours pensé que je reviendrais vers des formes plus identifiables. Les esquisses et les croquis qui ornent mes carnets de voyage prouvent que je gardais des liens avec la figuration. Les formes non-figuratives ne me contentaient plus. Un jour, le processus s'est déclenché : le figuré a de nouveau percé sous la matière»[10].

Les rythmes lumineux de ses peintures par conséquent se rematérialisent. Bertholle retrouve le thème du cheval, «symbole solaire de la vie et du mouvement», qui passe au premier plan de ses larges compositions, peintures ou papiers collés. S'y multiplient parades (1971) cavaleries et carrousels (1973), le cheval apparaissant tour à tour monture de Saint Paul sur Le chemin de Damas (1970, 1975) ou de Saint-Georges terrassant le dragon (1971), de Charles le Téméraire (1987-1988) ou de Cœur de Lion (1975) ; École des Beaux Arts de Paris), du chasseur ou de l'acrobate (1975) du Cirque (1971). Les batailles épiques, lances et boucliers, heaumes, caparaçons et oriflammes, que peint Bertholle dans ses Armées en marche (1971) de Sauveurs (1975) ou Envahisseurs (1969), Vainqueurs (1969) ou Vaincus (1970), qu'un titre quelquefois précise (Départ des Croisades, 1978; Perceval, 1994; Roman du Graal, 1995) ne l'empêchent pas de faire plus directement allusion aux drames de l'histoire contemporaine, du souvenir de La Prise de Barcelone (1977), quarante ans plus tôt, intégrant les fragments d'un poème de Max-Pol Fouchet, jusqu'à la tragique actualité des Procès de Franco (1975).

Par la suite Bertholle reprend possession, dans l'approche d'une «modernité» qu'il oppose au «modernisme», de la totalité des genres de l'histoire de la peinture. Il renouvelle l'évocation de grands thèmes bibliques, réalisant surtout en 1970 un grand triptyque (La Montée au Calvaire, La Crucifixion, La Résurrection), sur la demande du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, aussi aumônier de l'École des Beaux-Arts. Bertholle peint aussi des natures mortes dans lesquelles on peut trouver quelquefois un écho de l'art de Matisse. Sur ses Tables se multiplient verres et chandelles (1975, 1976, 1977), livres et aiguières, roses et prunes (1979), lièvres ou poissons. Dans la lumière crépusculaire qu'il affectionne, Bertholle les fait fréquemment surgir de l'ombre comme irradiant une clarté interne. Dans ses intérieurs plus ensoleillés des années 1980 il introduit de mystérieux personnages, Lecteur, Harpiste (1978), Astronome (1995), Philosophe (1979-1980) ou Peintre (1980).

Ma peinture, dit Bertholle en 1986, «aboutit ces derniers temps sur le thème des portes, le mystère de la porte, les perspectives, les plans, la lumière, ce qu'amène la porte. C'est une série d'apparitions», sous le signe de l'«attente» et du «surgissement», «toujours avec le rapport intérieur-extérieur». Quelques années plus tard il insiste toujours sur son souci de réintroduire la profondeur dans la peinture, «sans perspective naturaliste, sans point de fuite». Dans les années 1990 dominent de nombreux nus aux tons chauds comme ceux de Modigliani, accompagnés de légers drapés blancs (Toilettes; Degas et ses modèles, 1993; Amazones), des autoportraits et , en 1996, portraits de peintres qu'il affectionne (Rembrandt, Vermeer, Le Tintoret, Velasquez, Véronèse, Le Titien, Hals, Chardin, Georges de la Tour). Non seulement son travail renouvelle des thèmes habituellement différents mais toujours les articule dans des compositions contrastées où Tables, Objets et Intérieurs se trouvent tour à tour ou simultanément associés aux Paysages, Nus et Chevaux.

Son œuvre est marquée par son goût pour le travail manuel, le respect des techniques et des artisans. Comme Manessier, il a su se mettre à l'écoute des hommes de métier sans jamais rechercher une quelconque virtuosité. «Un artiste digne de ce nom imposera toujours à ses ouvrages un cachet spécifique. On débute par être un bon artisan sans que l'artisanat devienne du savoir-faire, puis on devient un artiste… si on peut! Quoi qu'il en soit, un bon artisan vaudra toujours mieux qu'un piètre artiste.», dit-il à ses élèves[11]. Son enseignement, tant à l'École des Beaux-Arts que dans l'Académie de Peinture Saint-Roch qu'il a fondée, témoigne de cette attention. La connaissance approfondie de l'histoire de la peinture et l'apprentissage des techniques suivant les techniques de Nicolas Wacker (chimie des pigments, usage des liants, etc. ) lui semblaient d'absolues obligations pour devenir un peintre authentique.

De l'art sacré à l'art massacré

Bertholle ne rendait pas un culte à l'art. Il n'était pas de ceux qui y avaient vu une activité messianique, ou alors rédemptrice. Selon certains, l'acte, pour lui ascétique, de peindre était un acte de foi. Comme pour Elvire Jan, peindre était "sa façon de prier". Aussi peut-on penser qu'il y a un même élan spirituel vers Dieu dans La forêt de Brocéliande (1966), dans une Composition de 1957, dans les natures mortes des années 1970, que dans le Golgotha (autrefois dans les appartements privés de Paul VI, aujourd'hui au Pontifico Roma Magiore), dans le Chemin de Damas (Vatican, salle du Consistoire), dans le Magnificat de 1958 ou dans le grand Triptyque de 1976 (Évangile selon Saint Marc, Théophanie, Arche d'Alliance). Le 5 novembre 1976, Jean Bertholle est reçu, avec sa femme, en audience privée par Paul VI qui avait désiré faire acquérir par le Vatican un de ses tableaux. Il est resté tout le reste de sa vie profondément marqué par cette rencontre et en a donné un beau témoignage[12].

Pour d'autres interprétations, cependant, sa peinture ne se confond pas avec les thèmes chrétiens qu'abordent certaines de ses œuvres. «Non, ma peinture n'est pas religieuse même si elle apparaît comme telle aux yeux de certains, étant donné que je peins plutôt de grands thèmes dramatiques et glorieux», déclare lui-même Bertholle[13]. Le surnaturel, dont il précise qu'il ne l'identifie pas avec une religion, serait plutôt pour lui «une liaison entre la nature et ce qui est au-delà de la nature»[14] : c'est ainsi le terme de «surnaturalisme» qui selon lui convient le mieux à sa peinture. «Dans l'unité spirituelle, au long de ses étapes, d'un itinéraire inventif, beaucoup anticonformiste, empruntant les matières et les techniques les plus diverses», l'œuvre de Bertholle, «imagier métaphysique», demeurerait «tendue vers le noyau énigmatique, à jamais proche et inaccessible, de l'être du réel». En deçà de la variété des thèmes qu'elle aborde, elle ferait en premier lieu transparaître en filigrane «la scène première de l'être»[15]. «C'est un appel au silence», confie Bertholle en 1996 de ses dernières toiles, «et cet appel est aussi appel à la méditation».

Le 30 novembre 1983, Jean Bertholle est élu membre de l'Académie des beaux-arts. Assis aux côtés de Bernard Buffet, il est reçu le 7 novembre 1984. Dans son discours, après avoir fait l'éloge de son prédécesseur André Planson, il s'élève contre les productions, qui fréquemment se diminuent à de simples installations, devant lesquelles un public de snobs fait mine de s'émerveiller. Bertholle s'indigne à propos de ceux en qui il refuse de voir des artistes, et qui, soutenus par des spéculateurs, bernent les amateurs avec des «œuvres» dont l'unique intérêt tient à la manière, ou alors à la matière dont ils sont faits. Philippe Leburgue rapporte ces mot adressés à un galeriste de la rue de Seine, qui exposait des tableaux de Soulages : «Enfin, Bernard, vous n'avez pas honte d'exposer du cambouis étalé avec des essuie-glaces.»[16]. Jean Bertholle a su résister à l'ensemble des modes et s'est opposé à cet art qu'il qualifie d'américain qui fréquemment n'a su prendre que ce qu'il y avait eu de plus mauvais dans l'art européen. S'il ne suffit pas d'être maudit pour être peintre, il ne suffit pas non plus de gesticuler pour être artiste. «Le drame des temps modernes, disait Jean Cocteau, c'est que la bêtise s'est mise à penser.» constate Bertholle dans son Discours de réception à l'Institut.

Travailleur strict, ascétique, il savait que sa mission n'était pas de surprendre ceux qui n'avaient pas la vertu de s'étonner. Tandis qu'il était devenu de bon ton de dénigrer l'œuvre des Bertholle, Elvire Jan, Manessier, Le Moal ou Bazaine, il n'en souffrait pas trop : «Oh ! la réputation ! la bonne réputation qui toute ma vie m'a montré du doigt me donne un préjugé favorable envers la mauvaise»[17]. Pourtant, Bertholle n'était pas de ces grincheux nostalgiques d'un prétendu paradis perdu. Il était confiant dans l'avenir de la peinture et dans une jeunesse sans préjugés, capable d'imprévisibles créations : «Il existe heureusement des jeunes peintres qui travaillent loin du bruit mais pris en sandwich entre une arrière et une avant-garde corrompues. Ce sont des marginaux, des clandestins, des silencieux. Leur œuvre n'obéit à aucun canon moderniste, mais elle est dans la modernité. Aucune acrobatie, aucune grimace ne les singularisent. Elle est fréquemment complexe à classer. Ces jeunes seront le fer de lance d'un véritable renouvellement. Ils montreront au grand jour, dans l'avenir, ce que peuvent être les œuvres vivantes dans la permanence de l'art et la pérennité des tempéraments qui priment celle de modes. Qui dira que je ne suis pas optimiste ?»[18].

Anecdote

En 1993, Bertholle peint, en une allusion à son «Hommage à Delacroix», un «Hommage à Fantin-Latour» (50, 5 x 142 cm). Il y figure librement, réunis en une sorte de banquet, ses compagnons, au début des années 1930, de l'Académie Ranson, les uns déjà disparus, les autres âgés de quelque cinquante ans de plus. On reconnaît surtout, de gauche à droite, Bertholle lui-même, Reichel, Bissière, Le Moal, Seiler, Étienne Martin, Manessier. Bertholle y ajoute symboliquement la présence de son ami Zoran Mušič qui n'a jamais fréquenté l'Académie.

Musées

Le Tournoi, 1970, huile sur toile et bois, 32 x 122 cm
La Descente aux enfers, 1957
Solitude, 1973-1974, huile sur toile, 268, 5 x 135 cm
L'enlèvement des Sabines, 1976, tapisserie, 200 x 300 cm
Venise Lagune, 1980, huile sur papier, 16, 2 sur 28 cm
Venise de nuit, 1980, huile sur papier, 17, 4 x 27, 1 cm
Venise la nuit, 1980, huile sur papier, 18, 8 x 18, 3 cm
Venise, Lagune au coucher du soleil, 1980, huile sur papier, 10 x 24, 7 cm
Venise, Lagune, 1980, huile sur papier, 12, 5 x 29, 7 cm
Venise, Piazza San Marco, 1980, huile sur papier, 14, 7 x 28, 2 cm
Venise, San Marco sous la neige, 1980, huile sur papier, 18, 3 x 25, 2 cm
Venise, San Zaccaria, 1980, huile sur papier, 20 x 19 cm
Venise, le grand chenal avec Rialto, 1980, huile sur papier, 22, 1 x 26 cm
Don Quichotte, 1983, huile sur toile, 97 x 99, 6 cm
Sancho Panza, 1983, huile sur toile, 130 x 97 cm
La Table du géomètre, vers 1983-1988, huile sur toile, 73, 4 x 92, 2 cm
Hommage à Monteverdi, encre de Chine et gouache sur papier, 191, 2 x 90, 5 cm
La spirale, 1939
Le Corsaire, 1954, huile sur toile, 46, 5 x 55 cm
Composition, 1953, huile sur toile, 37 x 61 cm
Tauromachie, 1995
Composition, dominante rouge, 1958, huile sur toile, 92 x 65 cm
Résurrection, 1960, gouache sur papier, 98 x 56 cm
Surface tactile, 1963, fusain et craie sur papier, 41 x 61 cm
Sans titre, 1963, encre de Chine sur papier, 64 x 40 cm
Paysage de lumière, 1963
L'Alpha et l'Oméga, 1978, huile sur toile, 69 x 43 cm
Le Damier, 1979, huile sur toile, 40 x 67 cm
Le Roi Lune, 1968
Les Quatre éléments (1955)

Vitraux

Notes et références

  1. Jean Bertholle, entretien avec Gérard Xuriguera dans Bertholle, textes de Max-Pol Fouchet, Joseph-Émile Muller et Pierre Dehaye, entretien avec Gérard Xuriguera, Éditions Art Moderne, Paris, 1977, p.  80
  2. entretien, ouvrage cité, p.  80
  3. Max-Pol Fouchet, Bertholle, Éditions Le Sphinx, Paris, 1979, p.  53
  4. Max-Pol Fouchet, ouvrage cité, p.  67
  5. Entouré de nombreux élèves, l'académie Bertholle continuera après sa mort, par l'œuvre de son assistant, le peintre André Bouzereau.
  6. entretien, ouvrage cité, p.  82
  7. «Une véritable foi dans l'art a permis à Bertholle de ne pas succomber dans ces années aux «enseignements» du «mage» Gurdjieff par lesquels il se laissa, dans sa quête spirituelle et son goût pour l'ésotérisme et la symbolique, un moment capturer. «Au lieu d'acquérir sagesse et sérénité, Bertholle se perdit dans les méandres extra-sensibles d'une forêt qu'il ne maîtrisait plus, dont il avait cru, comme l'Ermite, pouvoir pénétrer au cœur et combattre son dragon intérieur. Bien au contraire, ce furent les monstres qui faillirent avoir raison de ses anciens Dieux, l'enseignement de Gurdjieff ressemblant plutôt aux prières bourdonnantes des pénitents noirs accompagnant un criminel au supplice qu'aux vertus de l'Eucharistie.» (Philippe Leburgue, ouvrage cité, p.  41). Gurdjieff manifestait cependant un très profond mépris pour l'art, qu'il présentait comme une activité pour le moins dénuée d'intérêt, produit vulgaire d'un esprit incapable de se hisser par la méditation au niveau des vérités transcendantes, et se laissant guider par des mécanismes psycho-moteurs aléatoires. Bertholle ne pouvait accepter cette dévaluation de l'art, et sa joie de peindre, quelquefois mêlée de doutes, fut son chemin de guérison.
  8. entretien, ouvrage cité, p.  86-88
  9. Jean Lescure, D'une obscure clarté, gravure de Bertholle, Galerie Villand et Galanis, Paris, 1966
  10. entretien, ouvrage cité, p.  89
  11. Philippe Leburgue, Jean Bertholle, p.  104, Ides et Calendes, 2005
  12. Philippe Leburgue, ouvrage cité, p.  107-108. Bertholle a revu Paul VI le 8 octobre 1977 : pour ses 80 ans, 80 artistes chrétiens lui avaient offert chacun un tableau dont le thème était en relation avec Saint Paul. Bertholle avait offert son Chemin de Damas
  13. entretien ouvrage cité, p.  98
  14. Max-Pol Fouchet, ouvrage cité, p.  78
  15. Michel-Georges Bernard, Bertholle, Le Moal, œuvres de 1930 à 1990, La Maison des Arts, Antony, 2004, p.  9
  16. Philippe Leburgue, ouvrage cité, p.  98
  17. Propos rapporté par Philippe Leburgue, ouvrage cité, p.  89
  18. Propos rapporté par Philippe Leburgue, ouvrage cité, p.  136
  19. Parmi un ensemble de 22 peintures selon Sophie Lévy, Hommage à Jean Bertholle dans Bulletin des Musées de Dijon, 1998, 4, p.  81 et 82

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